Soirée organisée par le collectif Féministes en mouvements, regroupant 46 associations à La Cigale, à Paris, le 8 mars.MICHAEL ZUMSTEIN/AGENCE VU pour "Le Monde"
"Nous ne vous lâcherons pas !" La promesse a été faite par le collectif Féministes en mouvements, mercredi 7 mars au soir, à François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly, et Philippe Poutou, devant la salle comble de la Cigale, à Paris. Les candidats à l'élection présidentielle ont affirmé leur engagement "féministe" et déroulé leurs propositions.
Crainte d'intervenir devant une salle remuante acquise à la gauche ? Ni Nicolas Sarkozy ni François Bayrou, pourtant invités, n'étaient présents. M. Bayrou était dans le Loir-et-Cher, avec une quinzaine de femmes engagées dans la vie publique, professionnelle ou associative. M. Sarkozy devait se rendre le 8 mars sur le site de l'usine Lejaby à Yssingeaux (Haute-Loire).
L'ESPOIR DÉÇU DES FÉMINISTES
Le risque est qu'une fois le rituel de la journée des femmes accompli, le sujet de l'égalité des sexes retombe dans les limbes. Car jusqu'à présent, la campagne électorale a douché les espoirs. "On pensait que ce serait enfin un thème majeur, alors qu'il avait été complètement ignoré en 2007 et en 2002, affirme Magali de Haas, porte-parole de l'association Osez le féminisme. Un pas a été franchi, mais on est encore loin du compte."
Le contexte semblait porteur, après une année marquée par l'affaire DSK, les débats suscités par celle-ci, et la mise au premier plan de la lutte contre le sexisme par une nouvelle génération de féministes.
Mais l'enjeu est écrasé, comme d'autres thèmes, par les enjeux économiques et sociaux. Alors divers groupes interpellent les candidats. L'association Paroles de femmes a monté son propre rassemblement le 6, pour lancer son "appel à la résistance".
Le Laboratoire de l'égalité, plus proche du groupe de réflexion, relance sa campagne d'affichage et de spots télévisés. Il propose également aux candidats de signer un "Pacte pour l'égalité". Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon, et Corinne Lepage l'ont déjà fait, François Hollande devrait suivre. Des méthodes directement inspirées du Pacte écologique de Nicolas Hulot, qui avait abouti en 2007 au Grenelle de l'environnement.
LES INJUSTICES RESTENT FLAGRANTES
Le message est simple : l'égalité entre hommes et femmes existe en droit, mais pas dans les faits. Des progrès ont été accomplis. "La situation d'une jeune femme en France aujourd'hui n'est pas la même que celle de sa mère au même âge, et sans commune mesure avec celle de sa grand-mère", écrivent les Féministes en mouvement dans leur manifeste Mais qu'est-ce qu'elles veulent encore? (Les liens qui libèrent, 108 p., 7 euros).
Mais, comme le rappellent les chiffres de l'Insee rendus publics le 8 mars, les femmes restent moins bien payées (25 % d'écart, 20 % en salaire horaire), davantage victimes de la précarité et du temps partiel subi. Elles effectuent deux fois plus de travaux ménagers, autant de temps en moins consacré au travail… Ou aux loisirs.
En politique, la situation n'est pas meilleure : on compte 18,5 % de femmes à l'Assemblée, 22 % au Sénat, 13,8 % de femmes maires. Les femmes sont également victimes de violences : 150 en meurent chaque année.
"C'est la plus grande des injustices en France, elle touche plus de 50 % de la population, plaide Olga Trostiansky, porte-parole du Laboratoire de l'égalité, par ailleurs adjointe (PS) au maire de Paris. Quand on parle de la crise, du pouvoir d'achat, des retraites, de la précarité, ces sujets intéressent tout le monde, et ce sont les femmes qui sont touchées."
Pour Caroline de Haas, fondatrice d'Osez le féminisme, il s'agit d'un sujet "politique" et "non catégoriel". "Cette inégalité structure la société, affirme-t-elle. C'est une question qui concerne tout le monde, comme la dette ou l'éducation."
L'UMP JUGÉE TROP CONSERVATRICE
Au jeu de la comparaison entre projets, le candidat Nicolas Sarkozy est le moins bien placé. Le bilan du quinquennat est sévèrement jugé. Baisse des subventions au Planning familial, fermetures de centres IVG, immobilisme dans la lutte contre les discriminations salariales… Seules les lois instaurant des quotas de femmes dans les conseils d'administrations dans les grandes entreprises et dans la haute fonction publique sont saluées.
Mais l'impulsion n'est pas venue d'en haut. "Force est de constater que depuis 2007 les avancées sont venues du Parlement, pas du gouvernement", observe Marie-Jo Zimmermann, députée (UMP) de Moselle, présidente de la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée. Par ailleurs, l'UMP n'a investi que 28 % de femmes pour les élections législatives.
Nicolas Sarkozy promet aujourd'hui "d'aller plus loin sur les places en crèche", et la création d'une agence de recouvrement des pensions alimentaires pour "soulager" les mères qui élèvent seules leurs enfants.
François Bayrou suscite la curiosité. Mais sa proposition d'un ministère de l'égalité, qui lutterait contre toutes les discriminations, ne fait pas l'unanimité: elle diluerait la question des inégalités hommes-femmes parmi d'autres, jugent les mouvements féministes. Il propose également la création de davantage de lieux d'accueil pour les femmes victimes de violences, et l'instauration de la proportionnelle pour renouveler et féminiser le personnel politique.
HOLLANDE CRITIQUÉ, MÉLENCHON SALUÉ
Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de gauche, lors de la soirée du collectif Féministes en mouvements, à La Cigale, à Paris, le 8 mars.MICHAEL ZUMSTEIN/AGENCE VU pour "Le Monde"
Mercredi soir à la Cigale, Jean-Luc Mélenchon a fait exploser l'applaudimètre. "Il mouille beaucoup sa chemise", relève Olivia Cattan, fondatrice de Paroles de femmes. Le candidat du Front de gauche a attaqué Marine Le Pen sur sa volonté de dérembourser l'IVG et son projet de salaire parental, affichés le 23 février sur France 2.
M. Mélenchon multiplie les propositions: ministèrepourles droits des femmes, création de centres IVG, création de 500 000 places gratuites d'accueil pour la petite enfance, droit automatique au passage à temps plein, loi-cadre contre les violences… "Il y a, à la gauche de la gauche, une tradition féministe qu'on ne trouve nulle part ailleurs, commente Clémentine Autain, porte-parole du Front de gauche. Lors de l'affaire DSK, nous sommes les seuls qui avons d'emblée pensé à la femme de chambre."
Eva Joly a également reçu un accueil chaleureux. Ses nombreuses propositions sont en accord avec les revendications féministes, mais un désaccord persiste sur la pénalisation des clients de prostituées, à laquelle Mme Joly n'est pas favorable.
La position de François Hollande ne suscite ni rejet ni enthousiasme. L'ancienne ministre des droits des femmes, Yvette Roudy, estime même que "le PS est repris par des vieux démons remontant à Proudhon, qui était misogyne". D'autres, moins sévères, relèvent que l'entourage proche du candidat est très masculin.
François Hollande lors de la soirée organisée par le collectif Féministes en mouvements, regroupant 46 associations à La Cigale, à Paris, le 8 mars.MICHAEL ZUMSTEIN/AGENCE VU pour "Le Monde"
M. Hollande propose la création d'un ministère des droits des femmes, le remboursement à 100 % de l'IVG, la lutte contre le temps partiel par des cotisations patronales supplémentaires. Il s'engage à nommer un gouvernement "paritaire". Le candidat PS menace également de supprimer, au bout d'un an, les exonérations de charges des entreprises qui ne respecteraient pas l'égalité salariale, pour des postes équivalents.
Cependant, l'écart des rémunérations est principalement lié à la surreprésentation des femmes dans des filières dévalorisées et mal payées, et aux freins rencontrés pour atteindre les postes à responsabilité.
Par ailleurs, le candidat a renoncé, dans son projet, à la création de 500 000 places en crèche pendant le quinquennat, qui figurait dans le programme du PS. "Je préfère ne pas m'engager sur un chiffre plutôt que de venir vous expliquer dans cinq ans que j'ai échoué, a lancé M.Hollande mercredi à la Cigale. D'autres sont plus doués pour cela."
Gaëlle Dupont
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