Le torchon brûle entre Alain Le Vern et le PCF
Politique. Céline Brulin a été éconduite hier de la réunion de l’exécutif régional.
La « guerre » est bel et bien déclarée entre Alain Le Vern et ses anciens alliés du Front de gauche. Comme nous le révélions dans notre édition de samedi, le président PS du conseil régional de Haute-Normandie a décidé de retirer leur délégation, à la Santé et aux Transports, à ses deux vice-présidents communistes, Céline Brulin, également secrétaire fédérale du PCF en Seine-Maritime, et Noël Levillain. Objet du courroux du président Le Vern : le manque de solidarité dans la majorité lors de la séance du lundi 24 juin. Les élus du Front de gauche ont voté contre une délibération instaurant un nouveau système de primes pour le personnel de la Région. « Il apparaît que votre position relève d’un acte délibéré, préparé et réfléchi visant à mettre un terme à votre appartenance à la majorité », a fait savoir Alain Le Vern aux élus du Front de gauche. Dénonçant une « attitude autocratique » du président Le Vern, le PCF estime qu’il est « plus que temps de revenir à une attitude constructive ».
Nouvel épisode hier matin. Céline Brulin - Noël Levillain ne pouvait être présent - n’a pu assister à la réunion de bureau de la Région. « Je n’ai plus de délégation mais je suis toujours vice-présidente, dit-elle. Je peux donc assister à cette réunion ». Sauf qu’hier matin, Alain Le Vern lui a clairement signifié que les élus du Front de gauche n’y ont plus leur place. « Nous n’excluons rien, rétorque Céline Brulin. Alain Le Vern se met hors la loi et il doit revenir à la raison car la situation est pitoyable ».
Porte close pour le PCF
Du côté d’Alain Le Vern, on précise que cette réunion du lundi n’est pas une réunion du bureau au sens que l’entend le Code des collectivités mais une séance de travail pour l’exécutif. « Le président y convie qui il veut. D’ailleurs, il y a les vice-présidents, mais aussi les présidents de groupes de la majorité et des conseillers régionaux qui ont des dossiers particuliers, souligne l’entourage du président de la Région. Improprement, nous appelions cette réunion bureau. Désormais, ce sera la réunion de l’exécutif, tout simplement. Mais dès lors que le Front de gauche n’est plus dans la majorité, il n’a rien à y faire ». Hier matin, la réunion s’est donc tenue non plus dans la salle habituelle mais dans le bureau du président, porte fermée. Sans le Front de gauche.
Paris-Normandie du 02/07/2013
Lettre de Jean-Luc Lecomte (président du groupe Front de Gauche au conseil régional) à Alain Le Vern:
Monsieur Jean-Luc Lecomte
Président du Groupe Front de Gauche
Du Conseil régional de Haute-Normandie
A
Monsieur Alain Le Vern Président du Conseil régional de Haute-Normandie
Rouen, le 28 juin 2013
Monsieur le Président,
J'ai bien reçu votre courrier nous indiquant que vous mettiez un terme aux délégations des élus de notre groupe, en l'occurrence Céline Brulin et Noël Levillain, Vice-présidents du Conseil régional. (santé, transports) après que notre groupe ait refusé de voter un rapport concernant le personnel administratif de notre collectivité, portant notamment sur la mise en place d'un nouveau régime indemnitaire, instituant une Prime de Fonction et de Résultats.
Nous jugeons cette mesure totalement déconnectée de la situation sociale, économique, politique. De plus, elle est infondée et donc inacceptable. Quant à votre exigence que les Vice-présidents n’assistent plus au bureau que vous qualifiez « d’instance informelle », nous vous rappelons que le Bureau est formé du Président, des Vice-président et, le cas échéant, des membres de la commission permanente ayant reçu délégation (article L4133-8 du Code général des collectivités territoriales). Les Vice-présidents appartenant à notre groupe continueront donc à participer au bureau.
Vous avez annoncé au personnel de la Région, il y a plusieurs semaines maintenant, la mise en oeuvre de ce nouveau régime de prime, institué par le président Sarkozy et le gouvernement de droite. Pourtant, celui-ci est si discutable que la Ministre de la Fonction publique, elle-même, a dit vouloir le revoir en profondeur. Vous en convenez d'ailleurs, aujourd'hui, en indiquant dans votre courrier, « une réflexion est actuellement menée au plan national avec les organisations professionnelles sur ces questions ».
Nous vous avons proposé d'ajourner la présentation du rapport pour prendre en compte les possibles évolutions initiées par la Ministre et pour renouer le dialogue avec les salariés et leurs organisations syndicales.
Rappelons, en effet, que ce nouveau système comme la réorganisation des services régionaux ont conduit les agents de notre collectivité à suivre un mouvement de grève à l’appel d’une intersyndicale, ce qui est une première depuis le début de votre présidence.
Cela montre la profondeur du malaise, dans un contexte de politiques de réduction des dépenses publiques qui rendent de plus en plus difficiles les missions de service public. Vous y ajoutez la mise en place effective dans notre collectivité de l'acte 3 de la décentralisation alors que les lois l'instituant ne sont pas adoptées, et qu'elles suscitent de nombreux débats parmi les élus, toutes tendances confondues avec, au final, une perte de sens, un manque de visibilité sur les orientations et les ambitions de notre collectivité.
Ne trouvant pas d'espace de dialogue dans les instances prévues à cet effet, ces personnels sont allés jusqu'à exprimer, dans l'hémicycle, leurs inquiétudes et leurs revendications.
Il est pour nous-mêmes, élus, difficile de faire entendre des questionnements, des doutes voire des désaccords, tant votre manière de présider notre collectivité régionale devient sourde et aveugle à tout avis différent du vôtre. Et ce n'est assurément pas dans les réunions de majorité et de Bureau que le débat a lieu. De nombreux collègues, bien au-delà des rangs du Front de Gauche, en souffrent. Cette attitude autocratique a déjà conduit, il y a quelques mois, notre collectivité à se ridiculiser dans un remaniement qui avait conduit à l'éviction de notre collègue Noël Levillain.
Il est plus que temps de revenir à une attitude constructive, fédératrice de la majorité de notre collectivité et des Hauts-Normands, à l'écoute des citoyens, de leurs inquiétudes voire de leur colère. Ils ont fait ce choix en 2010, en votant pour notre liste du rassemblement de la Gauche.
La France est durement touchée par la crise. La situation de notre région est particulièrement alarmante et le chômage y augmente plus vite que dans tout le pays. 7 900 emplois ont été supprimés en 2012.
La désindustrialisation s’accélère avec les milliers de suppressions d’emplois chez Renault et leurs conséquences sur les sous-traitants, la liquidation de Petroplus, l’arrêt de deux tranches à la Centrale thermique du Havre, les fermetures ou les menaces sur une kyrielle de TPE et PME/PMI...
C’est pourquoi nous regrettons vivement de n’avoir aucune réponse à notre courriel en date du 25 juin 2013 demandant que la délibération sur Petroplus présentée à la Commission permanente du 8 juillet prochain affirme, comme ont accepté de la faire, le Conseil général de Seine-Maritime et la CREA, l’objectif prioritaire du maintien d’une activité de raffinage sur le site de Petit-Couronne.
L’asphyxie de nos services publics est malheureusement confirmée, en particulier pour nos hôpitaux.
Les grandes infrastructures prennent du retard (ligne nouvelle Paris Normandie, nouvelle gare et contournement Est de Rouen, EPR).
Cette liste n’est pas exhaustive mais elle illustre les urgences qui préoccupent nos concitoyens. Ces derniers attendent de leurs élus qu’ils se mobilisent pour y répondre. Nous savons qu’une majorité de Conseillers régionaux partagent cet objectif malgré de tels évènements.
C’est le sens de l’engagement de notre collègue Noël Levillain depuis trois ans en tant que Vice-président en charge des transports dont l’expérience est nécessaire à notre territoire pour faire aboutir le projet de ligne nouvelle et doter notre Région des outils nécessaires à son développement.
C’est avec cet objectif que Céline Brulin a noué des liens de confiance propices au dialogue et au travail en tant que Vice-présidente en charge de la Santé avec l’ensemble des acteurs (agents hospitaliers et leurs organisations syndicales, élus locaux, représentants de l’Etat, Agence Régionale de Santé).
Depuis un an, de scrutin en scrutin, la droite et l'extrême-droite gagnent un inquiétant terrain. Trop souvent, aucune force de gauche n'est en situation de se maintenir au second tour, conduisant toutes celles et ceux qui continuent de souhaiter le changement dans une impasse.
Cela en dit long sur la déception de notre peuple. Cela en dit long sur la nécessité d'un changement de cap politique, à même de remobiliser le peuple de gauche, à même de redonner espoir dans les valeurs de la gauche. Cela en dit long aussi, sur la nécessité, pour les forces de gauche, de créer les conditions d’un rassemblement populaire, y compris lorsqu’il est parsemé d’obstacles.
Nous continuerons, pour notre part, à suivre ce chemin, fidèles aux engagements pris devant les Hauts-Normands en 2010.
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