Le trio de tête du PCF: le secrétaire national Pierre Laurent (au centre), désormais sénateur, avec à ses côtés Olivier Dartigolle (à gauche), porte-parole, et Eliane Assasi, sénatrice. Le PCF a renoncé à une candidature propre à la présidentielle, choisissant Jean-Luc Mélenchon, qui a rassemblé plus de 11% des voix. Photo archives AFP
Les communistes, renforcés par l'arrivée de leur N°1 Pierre Laurent au Sénat, haussent le ton au Parlement pour être entendus par le gouvernement et le PS, en contrariant l'adoption de textes de loi, quitte à mêler leurs voix à celles de l'opposition. Ils ont fait rejeter mardi soir par le Sénat, un texte PS sur la tarification progressive de l'énergie, promesse de campagne de François Hollande.
Ce rejet obtenu avec l'apport des voix de la droite a provoqué une onde de choc dans les cercles du pouvoir. Le Premier secrétaire du PS, Harlem Désir, a «vivement regretté» que les sénateurs PCF aient «joint leurs voix à celles de la droite». Bruno Le Roux, chef de file des députés PS, a jugé que le PCF «vote bien trop souvent contre, contre la gauche, contre les projets de la gauche». «Quand on est à gauche, on vote avec la gauche, pas avec l'UMP», a tranché le N°2 du PS Guillaume Bachelay.
«Le PCF n'appartient pas à la majorité gouvernementale». Il «se situe dans la majorité présidentielle, il dit lui-même qu'il n'est pas au soutien de l'action du gouvernement. C'est une réalité», a froidement analysé le ministre des relations avec le Parlement, Alain Vidalies. Les communistes ne l'entendent pourtant pas de cette oreille. «Nos votes sont réfléchis. Nous ne sommes pas sur une posture politique. Nous ne sommes pas dans l'opposition mais dans la construction», assure le président du groupe à l'Assemblée, André Chassaigne.
Les députés du Front de gauche ont voté contre le projet de budget de la Sécu, le texte sur l'énergie et la loi de programmation budgétaire 2012-2017, mais le PS a la majorité absolue à l'Assemblée.
Le PCF dénonce «l'ostracisme» du PS à son égard comme l'a écrit son secrétaire général Pierre Laurent à son homologue Harlem Désir au congrès du PS de Toulouse.
«Qu'on nous entende!» ne cesse de proclamer la présidente du groupe CRC au Sénat, Eliane Assassi. Elle renvoie le PS dans les cordes en rappelant qu'il a fait passer le traité budgétaire européen ou le texte de Manuel Valls sur le terrorisme grâce à l'UMP.
«L'ensemble de nos amendements sont retoqués systématiquement sans même que s'engage un dialogue», déplore le porte-parole du PCF Olivier Dartigolles.
Mais, sur le fond, le PCF est en désaccord avec le cours pris par la politique gouvernementale. «Il y a dans le peuple de gauche une très vive préoccupation par la tournure que prennent les évènements avec un gouvernement qui semble plus disponible à rassurer le patronat qu'à tendre l'oreille à gauche», assure M. Dartigolles.
Les politologues ne sont pas très étonnés. «Le gouvernement s'oriente vers une politique d'austérité assez classique, le PCF et le FG ne soutiennent pas cette orientation, d'un soutien plus ou moins réservé, on est en train de basculer vers une critique plus ou moins nette», observe Eddy Fougier (Iris). «Le véritable test sera le vote ou non du budget», ajoute-t-il.
Pour Gérard Grunberg (Cevipof), «on ne peut plus parler de gauche, à chaque fois le PCF est dans l'opposition. Désormais le PS à deux oppositions, une de droite et une d'extrême gauche».
Du côté de la droite, on se frotte les mains, le député UMP Laurent Wauquiez a évoqué «un délitement», «une explosion façon puzzle» de la nouvelle majorité.
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