Noël Levillain : point presse du 16 mai
Lors de sa visite au Havre, le Président de la République est revenu sur la nécessité de mobiliser les énergies autour de l’axe Seine.
Son propos s’est fait insistant sur le projet de création d’une ligne ferroviaire nouvelle mettant le Havre à 1h15 de Roissy, Rouen à 45 minutes et Caen à 1h30.
Outre le ton polémique, toujours surprenant quand il vient du plus haut niveau de l’État, sur un sujet qui devra rassembler ;
Outre l’absence d’engagement financier donnant du sens à la priorité proclamée ;
Outre un calendrier marqué de l’impatience et de la méconnaissance des enjeux induits ;
Outre tout cela, nous restons convaincus de la nécessité de cette ligne nouvelle comme élément pouvant structurer l’aménagement des territoires haut et bas-normands.
En effet, si cet axe Seine doit devenir le cœur battant de la Normandie, c’est l’ensemble du territoire qui doit être gagnant
Ce projet de ligne nouvelle doit être ambitieux. Il conditionne le 21ème siècle pour notre économie régionale dans toutes ses dimensions et la mobilité des personnes et des marchandises.
Il est indispensable pour le développement économique dans une région qui doit rester industrielle et rassemblant de multiples filières ;
Indispensable pour la région du seul port d’Europe en eau profonde, premier port français pour le trafic containers garantissant 40% des apprivoisements en pétrole brut de la France : le port du Havre ;
Indispensable pour la région du premier port céréalier de France, celui de Rouen.
Indispensable pour une région produisant 10% de l’énergie nationale, en attente de la mise en chantier du réacteur de 3ème génération EPR.
Indispensable à une région dont Seine sud offre sur la CREA près de 800 ha à mobiliser autour du centre de trillage.
Aujourd’hui, avec des infrastructures ferroviaires vieillissantes et vétustes caractérisant ce que Guillaume Pépy a appelé « la Région oubliée par la SNCF », le fret en est réduit à bâtir sa multi modalité autour de la route.
80% du fret est véhiculé sur les routes hauts-normandes.
Cette nouvelle ligne garante de robustesse du trafic, pourrait constituer un atout pour notre économie et la réduction des gaz à effet de serre.
A ce projet, il faut en combiner deux autres :
Celui de la modernisation de la ligne Motteville-Monterollier-Serqueux-Gisors-Paris et les possibilités offertes ainsi de raccordement à l‘agglomération dieppoise et son Port.
Si l’on ajoute encore le projet de désenclavement du port du Havre, l’ouvrant sur l’est européen initié par les 8 régions périphériques de l ‘Ile-de-France qui n’attend plus que le soutien de l’Etat auprès de Bruxelles ;
Si l’on ajoute ces deux projets importants à celui de la ligne nouvelle, notre région littorale pourrait disposer à terme d’une réelle armature ferroviaire au service de son développement économique, d’un maillage et d’une équité territoriale.
A l’inverse, ne pas intégrer cette dimension du ferroviaire reviendrait à admettre que le port d’Anvers (renforcé par l’ouverture du canal Seine-nord Europe) deviendrait à terme le premier port de France.
Ce serait imaginer un axe Seine, vecteur de matière grise et de valeur ajoutée, enserré dans un arrière pays parisien désertifié.
Fonction économique ? Assurément…
Celle de la mobilité des personnes ? Tout autant.
Comme pour le fret, des infrastructures délaissées, sous dimensionnées, aboutissent à une dégradation de la qualité du transport voyageur.
Le paradoxe, c’est que depuis 2002, année où les régions se sont vues transférer l’organisation du transport voyageur- et au bénéfice du cadencement- la Région Haute-Normandie a sensiblement augmenté l’offre (plus 15%) et renouvelé la quasi-totalité de son matériel roulant, mettant ainsi en relief le sous équipement en infrastructures.
Cette offre renouvelée se traduit donc souvent par des temps de trajets allongés et des retards à répétition. La ligne nouvelle, que nous appelons de nos vœux, réparera cette injustice faite aux usagers des trains desservant aujourd’hui Saint-Lazare, aux usagers des TER.
Elle devra être utile à l’ensemble des territoires hauts-normands et rapprocher de Paris ou du Havre toutes les gares de la Région.
Il faudra, pour notre Région, évaluer à sa juste valeur le coût des correspondances à cette ligne nouvelle en direction des villes du nord du département comme au sud de l’Eure. La Région, mais pas seulement elle, les intercommunalités aussi, devront prendre la mesure de l’inter modalité nécessaire.
A quoi bon, par exemple, profiter d’une ligne nouvelle mettant Paris à 45 minutes de Rouen, si dans le même temps il faut plus d’une heure pour rejoindre Grand-Couronne via les transports urbains….
C’est en ce sens que la ligne nouvelle est l’affaire de tout les territoires haut-normands.
Nous souhaitons que cette ligne nouvelle consacre une inter modalité efficiente, tant sur le plan billettique que sur les trajets eux-mêmes. Nous souhaitons que les territoires normands se parlent
sur cet enjeu précis. A l’aune de cette ligne, je propose que l’ensemble des AOT hauts-normands se fédèrent en un établissement du syndicat de la mobilité afin de coordonner le maillage régional et un système biéthique intermodal.
Il faut se convaincre que la réussite des transports collectifs passera immanquablement par cette démarche intermodale.
Le choix d’implantation de la nouvelle gare sur le site Saint-Sever à Rouen s’inscrit dans cette nécessité. Elle doit être au cœur de la ville et d’un quartier où l’on travaille mais aussi d’un quartier où l’on vit, un quartier fort d’un réseau de transports urbains tête de réseau. Cette gare, dans ses fonctionnalités, se devra aussi d’accueillir en direct les trains normands de l’axe nord- sud.
Après l’intérêt économique, après l’intérêt d’un transport voyageur que nous venons d’aborder, reste la programmation des travaux.
Celle-ci ne pourra être phasée qu’au terme du débat public qui validera le tracé et la gare. Le montant total est estimé entre 8 et 12 milliards d’euros. Il pourrait-être revu à la hausse, selon le positionnement du Y normand et des aléas liés à la construction d’une nouvelle gare et de différents ouvrages, notamment le tunnel sous la Seine.
Sur le plan opérationnel, les travaux sur le maillon mantois visant notamment la séparation du trafic Francilien de la ligne nouvelle est prioritaire. La nouvelle gare de Rouen devrait suivre si la simultanéité est impossible.
D’expérience, nous savons que l’enthousiasme présidentiel est souvent inversement proportionnel
à l’engagement financier qu’il devrait induire. Pourtant l’État et RFF doivent être chefs de file.
Au moment où le Gouvernement asphyxie les collectivités, où RFF, par la volonté de ce même Gouvernement, est endettée à hauteur de 28 Mds d’euros, l’exercice semble périlleux.
Antoine Rufenacht, chargé du dossier Axe Seine par Nicolas Sarkozy, devra à l’occasion du colloque au zenith être plus prolixe
Pour leur part, les élus communistes seront exigeants sur la qualité du projet dans ce qu’il portera en développement pour tous les territoires normands. Au Grand Paris aspirateur d’énergies régionales, nous privilégions l’idée d’une ville capitale adossée à une région forte et partenaire.
/image%2F0564544%2F20140521%2Fob_db1e7d_images.jpeg)